Les lettres du concours! voici la lettre #5, écrite par Hélène Vabre

Les lettres du concours! voici la lettre #5

Lettre #5
Citation :  »
La pensée que vous avez imaginé un sordide adultère pour vous débarrasser de « Madeleine » me hante et me torture ! »

Chaque mercredi je publie les lettres gagnantes du concours, par ordre décroissant.
Durant tout l’été donc, à raison d’une lettre par semaine, en finissant par le numéro 1,
Vous pourrez lire ces délicieuses lettres qui nous ont été envoyées par les
écrivain-e-s qui se sont confronté-e-s à l’exercice,
dans le cadre du concours de la lettre d’amour pour la sortie du roman La lettre froissée.

Je vous rappelle qu’il s’agissait d’écrire la lettre d’un amour qui semble impossible,
ou d’un amour qui jamais ne pourrait se révéler,
une lettre que vous n’oseriez jamais envoyer…

En les lisant, vous allez être comme nous, j’en suis sûre, sous le charme.

Voilà donc la magnifique lettre de Hélène Vabre
envoyée à Maupassant en 1885, de la part de Madeleine Forestier.

C’est une sorte de spin-off.

 

Imaginez un instant que Madeleine Forestier,
la femme qui a inspiré le personnage à Maupassant dans Bel Ali,
ait lu le roman,
et qu’il ait éveillé en elle de terribles regrets?

 

Cannes, le 13 mai 1885

Mme. de…
à M. Guy de…

Mon Ami, mon Bel-Ami,

aurais-je pu imaginer que vous feriez un jour revivre notre histoire dans votre dernier roman ?
C’est avec une grande émotion que je l’ai reconnue dès les premiers épisodes parus dans « Gil Blas »,
ces dernières semaines, mais sachant que le roman allait enfin être édité,
j’en ai suspendu la lecture afin de pouvoir m’immerger tout entière dans cette transposition que vous faites de notre liaison.
Ô, comment ai-je pu vous laisser partir par le premier rapide qui quittait Cannes,
une fois ce pauvre Charles mis en terre,
comment n’avez-vous pas compris tout ce que mes yeux vous disaient,
alors que ma bouche vous tenait ce discours qui vous a laissé interdit et effaré ?

Ah, vous vous êtes bien vengé en faisant de moi un personnage froid et calculateur,
que vous abandonnez au beau milieu du roman au prétexte que je vous aurais trompé avec le pauvre Laroche-Mathieu qui n’a jamais été pour moi qu’un informateur sur oreiller des scandales politiques, et inspirateur des bonnes feuilles que j’écrivais pour mon mari.
La pensée que vous avez imaginé un sordide adultère pour vous débarrasser de « Madeleine » me hante et me torture !

Pourquoi vous aurais-je envoyé cet appel au secours, de Cannes, pour m’aider à affronter les derniers jours de ce pauvre Charles ?
Pourquoi est-ce vous que je choisissais lors même que les circonstances nous faisaient obligation d’être complices, sur la terrasse face à l’Estérel et à l’infini de la mer, afin de réconforter le pauvre malade et de l’abuser sur ses chances de guérison ?

Car c’est vous que je voulais : vivre à vos côtés,
écrire les articles que vous auriez signé de votre nom de plume,
sans retirer d’autre gloire que celle de votre satisfaction.
Je vous aurais accompagné jusqu’aux marches du Palais-Bourbon !
Je vous aurais, avec mes relations, fait ministre !
Je crois même que j’aurais accepté votre liaison avec Clotilde,
pourvu que le soir vous ramenât à notre domicile !
Oui, pour vous je serais descendue dans le labyrinthe et me serais retrouvée ou perdue avec vous !
Oui, vivre sans vous me semblait impossible : votre départ précipité m’a plongée dans le tourment des feux et des larmes ; seul le bon docteur Blanche a su m’arrêter au seuil de la folie.

Je n’ai pas su vous dire alors mes rêves de grisette
et j’ai même proféré des paroles qui m’horrifiaient à mesure qu’elles s’échappaient de moi : mais pouviez-vous leur faire crédit, quand tout en moi vous assurait de mon trouble ?
Ce contrat d’association que je vous ai proposé,
alors qu’il eût fallu parler d’amour,
de l’amour longtemps tu puisque ma condition de femme mariée me l’interdisait,
cette proposition de femme forte, de femme de tête, de femme libre,
vous auriez dû la tenir pour ce qu’elle était, nulle !

Ah, tenez, vous voilà aussi puni que moi…
des amis m’ont rapporté que votre santé est défaillante,
et que des rêves et des visions vous font vivre un enfer tout éveillé !
Mais je les aurais chassées, ces hallucinations, hors de là, avec la force de ma tendresse,
j’aurais fait fuir les démons qui viennent hanter vos jours et vos nuits, d’une main posée sur votre beau front tourmenté…

Cette lettre, vous l’enverrai-je ?
Ah, je sais désormais par votre roman que vous ne m’avez pas oubliée…
Parfois je contemple du rivage l’horizon, cherchant à apercevoir votre voilier…
mais ce n’est que folie !
Reconnaîtriez-vous en la femme que je suis devenue,
celle qui vingt ans plus tôt, fit peut-être battre votre cœur, au point de vous faire accourir ici-même ?

Mon Bel-Ami, que n’ai-je laissé parler le mien !
Nous reverrons-nous, dans un mois, dans un an ?

Je demeurerai toujours votre « Madeleine »

Félicitations à Hélène Vabre !

 

 

***

En 1884, à Cannes.

Un hivernant pas comme les autres: le célèbre écrivain Guy de Maupassant,
une jeune courtisane née au Suquet, Lola Deslys
et une aristocrate anglaise déclassée, Miss Fletcher of Ramsey,
s’allient pour rendre justice à une jeune femme de chambre
assassinée dans le parc d’un palace de la Croisette.
Parviendront-il à faire éclater la vérité dans une ville
où la protection des puissants est la seule priorité?

En papier dans votre librairie, ou en numérique, ici.  

 

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