Les lettres du concours! voici la lettre #6, écrite par Jean-Marc Garriga

Les lettres du concours! voici la lettre #6

Lettre #6

Citation: « Madame, avant de vous laisser pour toujours,
je voulais que vous sachiez que je ne suis pas celui qui a trahi votre tendre secret.
« 

Chaque mercredi je publie les lettres gagnantes du concours, par ordre décroissant.
Durant tout l’été donc, à raison d’une lettre par semaine, en finissant par le numéro 1,
Vous pourrez lire ces délicieuses lettres qui nous ont été envoyées par les
écrivain-e-s qui se sont confronté-e-s à l’exercice,
dans le cadre du concours de la lettre d’amour pour la sortie du roman La lettre froissée.

Je vous rappelle qu’il s’agissait d’écrire la lettre d’un amour qui semble impossible,
ou d’un amour qui jamais ne pourrait se révéler,
une lettre que vous n’oseriez jamais envoyer…

En les lisant, vous allez être comme nous, j’en suis sûre, sous le charme.

Voilà donc la lettre de Jean Marc Garriga
adressée en  1911 à une femme infidèle morte, tuée par son mari, de la part d’un jeune adolescent …
Mais est-ce vraiment la lettre d’un innocent?

 » Paris, le 30 avril 1911

Madame,

Cette lettre est une bouteille à la mer qui n’a qu’une vocation, sombrer au fond des eaux noires de mes regrets et s’y enfouir, à jamais dans le sable parmi les coquillages creux.
Personne ne la trouvera flottant entre les récifs.

Puissions-nous tout oublier de ce qui suit et nous retrouver,
dans la vie d’après, en vieux amis heureux de se revoir.

Ces mots sont inscrits d’une plume tremblante,
comme si elle rechignait à signer ce qui sera le testament de ma jeunesse.
Lorsque j’aurai mis un point final à ces lignes, que je les aurai séchées au papier-buvard et que j’aurai cacheté et posé cette enveloppe sous votre porte, je serai passé du côté des grandes personnes.

Il ne sera plus temps pour moi de chercher votre ombrelle dans le Jardin Public.
Je ne sortirai plus ma bicyclette à l’heure de votre promenade
pour avoir le plaisir de vous croiser et de soulever mon canotier à votre vue.

Vous me répondiez d’un discret hochement de tête et chuchotiez quelque chose à l’oreille de votre accompagnatrice, qui vous faisait rire toutes deux. Et me faisait rougir.

En ces temps d’heureux hasards renouvelés chaque jour, au moins je puisais des forces dans l’espérance.
J’avais le fol espoir qu’un jour, vous me feriez l’honneur d’une invitation à prendre le thé dans vos salons. Vous m’auriez fait l’offrande d’un sourire, vous auriez écouté mes textes, mes poèmes. Je me serais laissé emporter par mon lyrisme, encouragé par vos yeux amusés.

Peut-être, en l’absence de votre époux parti mâter une grève dans une de ses usines du Nord, me serais-je jeté à vos genoux. J’aurais posé une avalanche de baisers sur vos bottines, j’aurais bousculé toutes vos dentelles et vous m’auriez repoussé dans un rire gêné.

Je n’aurais pas insisté.
Tout adolescent que je suis, j’ai pour les dames un respect absolu.
Et pour vous, l’adoration due à la Vierge.

Je vous aurais priée de me pardonner mon audace.
Vous m’auriez donné congé d’un baiser magnanime sur mon front fiévreux.
À présent que je vous aurais dévoilé ma passion, vous m’auriez regardé de manière différente.
En petit homme. En gentil amoureux.
En prétendant, qui se croyait élevé au même rang que ce capitaine d’artillerie qui vous poursuivait de ses papiers parfumés dans les petites enveloppes bleues que vous passait, peu discrètement, votre dame de compagnie.

Madame, avant de vous laisser pour toujours,
je voulais que vous sachiez que je ne suis pas celui qui a trahi votre tendre secret.
Je ne suis pas l’auteur de ce mot déposé sur le bureau de votre époux qui lui donnait le lieu où il vous trouverait avec cet officier en fâcheuse situation.
Je ne suis pas la cause de sa colère, ni du drame qui a suivi.

Je n’attends pas que vous pardonniez mon audace.
Je n’attends de vous aucune réaction.
Vous ne me répondrez pas, ni par des mots, ni par un geste dont moi seul aurais pu deviner le sens.
De vous, il n’y aura même pas un soupir agacé.

Je ne puis m’empêcher de penser Madame, que si vous m’aviez préféré au capitaine,
vous auriez pu lire des mots autrement plus doux.

Je glisse cette lettre à votre dernier domicile, sous la porte de votre caveau du cimetière de Passy.

Votre Jean « 

Félicitations à Jean-Marc !

***

En 1884, à Cannes.

Un hivernant pas comme les autres: le célèbre écrivain Guy de Maupassant,
une jeune courtisane née au Suquet, Lola Deslys
et une aristocrate anglaise déclassée, Miss Fletcher of Ramsey,
s’allient pour rendre justice à une jeune femme de chambre
assassinée dans le parc d’un palace de la Croisette.
Parviendront-il à faire éclater la vérité dans une ville
où la protection des puissants est la seule priorité?

En papier dans votre librairie, ou en numérique, ici.  

 

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