Les lettres du concours! voici la lettre #8, écrite par Valérie Helvy

Les lettres du concours! voici la lettre #8

Lettre #8

Citation : « Le temps à Lakehurst n’est pas favorable à un atterrissage immédiat.
Nous allons faire un petit détour. Ne vous inquiétez pas, monsieur, nous arriverons à bon port sans incident!»

Chaque mercredi je publie les lettres gagnantes du concours, par ordre décroissant.
Durant tout l’été donc, à raison d’une lettre par semaine, en finissant par le numéro 1,
Vous pourrez lire ces délicieuses lettres qui nous ont été envoyées par les
écrivain-e-s qui se sont confronté-e-s à l’exercice,
dans le cadre du concours de la lettre d’amour pour la sortie du roman La lettre froissée.

Je vous rappelle qu’il s’agissait d’écrire la lettre d’un amour qui semble impossible,
ou d’un amour qui jamais ne pourrait se révéler,
une lettre que vous n’oseriez jamais envoyer…

En les lisant, vous allez être comme nous, j’en suis sûre, sous le charme.

Voilà donc la lettre de Valérie Helvy,
adressée en 1937 à  Michael, par son élève Maximilian…

 » Lettre rédigée à bord du zeppelin  [ LZ129 Hindenburg ]


Le 6 mai 1937

Mon précieux Michael,


Je me trouve à bord du plus grand dirigeable que le monde n’ait jamais connu !
Je laisse Francfort derrière moi, je traverse l’immense océan pour gagner New York.
Je laisse le passé en Europe et m’achemine vers le seul futur imaginable pour moi : une vie avec toi !

Tante Rose-Marie montra sa grande générosité et surtout sa compréhension envers ma situation.
Je pus lui emprunter la somme nécessaire pour venir te rejoindre au plus vite.
En effet, elle remarqua la semaine dernière mon air rêveur à table lorsqu’elle dîna chez nous comme chaque mercredi. Elle nota aussi l’expression dégoûtée de mon père à chaque fois qu’il posait ses yeux sur moi.
Enfin elle constata la tenue chagrinée, voire même inconsolable de Maman.
Après le dessert, je me faufilais dans le couloir pour m’assoir à la fenêtre.
Ma décision de me rapprocher de toi était fixe.
Mes parents savent maintenant ce que je ressens pour toi, je leur ai tout dévoilé : notre rencontre à l’université, ton intérêt pour mes progrès dans ta langue maternelle, nos séances de devoirs front contre front, ton élégante main sur mon épaule à la remise des notes, ton embrassade…
Oui, ce contact inoubliable de ton corps élancé contre le mien à la fin du semestre lors de ton départ sur le quai de gare.
Et bien sûr, ce frottement de tes lèvres sur le dessus de ma tête pour me souhaiter de bonnes études, accompagné de ces deux mots prononcés avec cette profonde sincérité que toi seul peut diffuser avec une telle intensité : « À bientôt ! ».

Je regardais donc la lune jouer dans le ciel avec la brume, perdu dans ces souvenirs chargés de promesses, lorsque Tante Rose-Marie vint s’assoir à côté de moi.
Elle me laissa parler, raconter, pleurer, rire et espérer.
Elle me prit la main et essuya mes larmes.
Elle arrangea un versement pour le lendemain et me voici, ici, dans cet immense paquebot volant.

Mon bien-aimé, tout est calme autour de moi, je remarque à peine le bruit des moteurs.
Je suis assis à un bureau dans la salle d’écriture.
Une petite lampe électrique, – oui il y a de l’électricité à bord ! –, me permet d’écrire ces quelques lignes.
Quant à moi, je brûle de te revoir.

J’étais tellement absorbé par cette lettre que je n’avais pas remarqué le steward.

Voici ce qu’il vient de me dire : « Le temps à Lakehurst n’est pas favorable à un atterrissage immédiat.
Nous allons faire un petit détour. Ne vous inquiétez pas, monsieur, nous arriverons à bon port sans incident!».
Voilà, l’attente a une fin. Nous allons bientôt être réunis.
Je n’ai pas de bagage mais je t’apporte une bribe de bonheur.
Je suis prêt à découvrir ce pays que tu décrivais avec grande passion durant les cours.
Je te trouverai à New York et t’aborderai.
Je posséderai alors le courage de tout te dévoiler et de te parler du feu espiègle frétillant en moi.

Maintenant, je vais ouvrir la fenêtre et laisser le maître des airs transporter cette lettre à la destination de son gré.

Ton élève préféré et adorant pour l’éternité.

Maximilian »

notes explicatives:
Le 6 mai 1937, le dirigeable approche de Lakehurst,  dans le New Jersey, USA,
bouclant sa première traversée de l’année, sous les auspices conjoints de la DZR et de l’AZT (American Zeppelin Transport Co).
Le voyage s’est déroulé sans incident particulier, mais l’atterrissage est retardé par un orage.
Quelque 200 manœuvres – marins et ouvriers – s’apprêtent à l’amarrer.
Un incendie éclate à la poupe du dirigeable, rapidement alimenté par le dihydrogène.
L’aéronef perd son stabilisateur horizontal et s’écrase au sol en 34 secondes.
Le brasier est nourri par le carburant diesel des moteurs.
Il y avait 97 personnes à bord, dont 61 membres d’équipage et 36 passagers.
L’accident fait 35 morts, dont 21 membres d’équipage, 1 membre du personnel au sol et 13 passagers.
C’est le premier accident majeur d’un dirigeable allemand depuis la Première Guerre mondiale.

       

 

Félicitations à Valérie!

***

En 1884, à Cannes.

Un hivernant pas comme les autres: le célèbre écrivain Guy de Maupassant,
une jeune courtisane née au Suquet, Lola Deslys
et une aristocrate anglaise déclassée, Miss Fletcher of Ramsey,
s’allient pour rendre justice à une jeune femme de chambre
assassinée dans le parc d’un palace de la Croisette.
Parviendront-il à faire éclater la vérité dans une ville
où la protection des puissants est la seule priorité?

En papier dans votre librairie, ou en numérique, ici.  

 

2 réflexions au sujet de « Les lettres du concours! voici la lettre #8, écrite par Valérie Helvy »

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