Patrick Ferrer nous écrit à propos de son roman : Le baiser de Pandore


Vous connaissez sûrement déjà Patrick Ferrer qui écrit des romans captivants et très personnels, et qui s’est taillé un beau succès sur KDP.

À l’occasion de son passage de l’édition indépendante à l’édition traditionnelle, ce qui n’est pas une mince affaire, et qui se produit de plus en plus souvent, j’ai voulu en savoir plus sur cet auteur à la fois ambitieux dans son écriture, et modeste dans son comportement, se mettant rarement en avant. (la preuve est qu’il a refusé que l’entretien soit filmé en vidéo)

Nous allons donc discuter un peu à bâtons rompus de son parcours, mais nous gardons notre ligne qui est de parler avant tout de romans, de son roman, pas de marketing !!!

Ton roman Le baiser de Pandore, sort le 12 juillet chez Incartade(s). Peux-tu nous le présenter en quelques phrases? Une sorte de pitch ?

Paul Heyland n’est pas un flic comme les autres. Au quai des Orfèvres, on murmure que les morts lui parlent. Il laisse dire, ou peut-être les rumeurs cachent-elles un plus lourd secret. Jusqu’au jour où son chemin va croiser celui d’une mystérieuse tueuse aux yeux gris, une étrangère venue de l’Est qui va réveiller les fantômes du passé et l’entraîner dans une course mortelle jusque dans les bas-fonds d’un empire soviétique en perdition. Ainsi va commencer un ballet hypnotique entre l’amour et la mort, entre Éros et Tanathos, une quête dont il ne sortira pas indemne, comme les spectres qui le hantent le lui ont déjà annoncé.

As-tu une source d’inspiration littéraire particulière ?

Je dirais que mes deux pôles d’inspiration sont le réel et le mythe. J’aime tout particulièrement ce moment entre l’état éveillé et le rêve, cette frontière invisible où les deux commencent à se mélanger. J’aime marcher sur un fil entre le monde conscient et le monde inconscient, essayant de trouver cet équilibre entre les deux, ces chemins de traverse qui mènent d’un monde à l’autre. Mes écrits sont ancrés dans le réel mais le mythe n’est jamais loin. Il est là, juste au coin du regard, prêt à emporter l’histoire, et le lecteur avec elle, vers des contrées beaucoup moins certaines mais tout aussi essentielles. Parce que c’est cette face cachée, beaucoup plus fugace, qui permet souvent d’appréhender la réalité. C’est sans doute pour cette raison qu’il y a souvent des références à la mythologie dans mes écrits, parce que les mythes anciens ont une intemporalité funeste, ils annoncent nos propres combats et nos tragédies.

D’où est venue ton idée?

 Sait-on jamais d’où viennent les idées ? En fait, l’histoire s’est entièrement développée en cours d’écriture. J’écris de façon organique, c’est-à-dire que je n’ai pas de plan établi, je ne sais pas où l’histoire va me mener ni ce qu’il va advenir de mes personnages. J’avais la vague idée au départ d’un flic qui tombe amoureux de la tueuse qu’il est censé arrêter et qui va tout perdre dans sa quête. Je ne savais pas comment cela allait se terminer et, quand je suis parvenu à la dernière partie, j’ai demandé à une amie de tirer les tarots pour en décider. C’est un miracle que l’histoire tienne debout mais c’est un peu mon travail d’écrivain, puiser dans ces forces obscures dont on ne connaît pas l’origine, dans ces images obsédantes qu’éveillent l’écriture pour tenter d’en faire un tout cohérent et qui puisse captiver le lecteur et l’emporter dans ce monde un peu particulier qu’est l’imaginaire.

Tu écris depuis combien de temps ? Écris-tu toujours dans le même genre ? Comment qualifierais-tu ton style d’écriture ? ou comment le définirais-tu ?

 Une douzaine d’années. J’écris dans différents genres, ça dépend essentiellement de l’histoire que je veux raconter. Certaines intrigues se prêtent au polar ou au thriller, d’autres demandent de la SF, du fantastique ou de l’horreur. J’ai même écrit du Western. C’est l’inspiration du moment qui commande, je me plie à ses désirs et adapte ma plume. Je considère qu’un écrivain doit être comme un musicien, il doit pouvoir jouer toutes les partitions et, si possible, de divers instruments. C’est plus difficile pour le lecteur qui peut être dérouté de ne pas retrouver à chaque fois le même genre d’histoire mais je pense que mes écrits s’inscrivent dans une même démarche et une même recherche. Ray Bradbury disait qu’une histoire doit être une métaphore et qu’un écrivain doit lire des essais et des ouvrages plus sérieux pour former son esprit à ce genre de pensée. Je m’inscris tout à fait dans cette démarche. C’est plus visible dans mes histoires courtes mais c’est aussi vrai de mes romans. J’aime les histoires qui vous collent à la peau, qui vous font réfléchir, qui vous restent à l’esprit longtemps après les avoir lues, et si je peux accomplir cela dans mes textes, j’estime que j’ai fait mon boulot. Je ne saurais, de toute façon, écrire autrement.

Le baiser de Pandore se divise en plusieurs parties, comment as-tu travaillé la construction ? Quelles sont tes recettes pour organiser ta structure de récit?

 Je ne recommande à personne le genre de structure utilisée dans ce roman, façon puzzle, avec une pléthore de personnages. C’est extrêmement complexe et m’a conduit à écrire huit versions du manuscrit. Un véritable cauchemar. Ma seule recette est la re-lecture. Relire encore et encore le manuscrit, le re-travailler pour le rendre plus fluide, pour éliminer au maximum toute cassure du récit ou du rythme, toute répétition lorsque la structure temporelle n’est pas linéaire. C’est un gros travail. Mais dans ce cas, je pense que ça en valait la peine. Solliciter des béta-lecteurs est également très utile, ça permet d’isoler les parties qui sont mal construites ou déroutantes et d’avoir un point de vue extérieur sur le texte.

Quels sont tes points en commun avec ton personnage principal Paul Heiland ?

J’aime le fait qu’il soit comme un molosse à qui l’on veut arracher son os et qui ne cédera pas malgré les coups. Il y a une part de chance dans la vie mais on arrive plus souvent aux buts qu’on s’est fixés par ténacité et détermination. En dépit de tous les obstacles. C’est un point commun que nous avons, lui et moi. J’ai l’air calme comme ça mais je peux être très tenace. Sinon, nous partageons la même fascination pour le mystérieux féminin, cette énigme constante qui semble être l’un des moteurs de la vie…

Paul n’est pas ton seul héros. Peux-tu nous parler des autres personnages, tous très importants? Finalement avec lequel de ces personnages as-tu le plus d’affinité ?

 Je les aime tous et je pense qu’il y en a trop pour les citer. Et je ne voudrais pas faire de jaloux. Les personnages tendent à prendre une vie propre, et ils ne sont pas toujours commodes ni conciliants avec leur auteur. J’aimerais, en fait, écrire un roman sur chacun d’entre eux, et il y aurait matière à cela, mais je ne crois pas que j’aurais un jour le temps. Tous les personnages du roman font en quelque sorte partie de moi mais ils sont également des êtres à part, avec leur vie et leur histoire propre. Y compris les chiens (il y en a deux dans le roman), envers lesquels j’ai développé un attachement sincère alors qu’ils n’ont jamais existé. Chaque personnage est important dans l’histoire. Il y en a même un, l’Araignée, qui intervient vers la fin du roman et n’a pas de rôle vraiment déterminant, j’aurais pu l’effacer mais elle s’est imposée à moi avec une telle force (dans un rêve, en fait) que j’ai été obligée de la laisser. D’un autre côté, cette Araignée a été un peu l’inspiration pour la narratrice de mon second roman, donc je pense que je n’en ai pas fini avec elle.

POUR VOUS FAIRE UNE IDÉE DU STYLE DE <PATRICK FERRER,
voilà un court extrait de son roman :

« La pièce était plongée dans un silence total. Ce qui m’a toujours choqué sur le lieu d’un crime, c’est cette paix surréelle qui plane sur toute chose, comme si l’acte lui-même avait épuisé toute la violence et la fureur disponibles, laissant derrière lui le calme d’un fauve repu. Sur l’épaisse moquette piquetée, une flûte de champagne renversée avait laissé une trace en forme d’aile. Un pied blanc émergeait de derrière le lit, comme pour attirer l’attention. Au bout du pied gisait le cadavre de Julien Delatour, son visage bleu posé sur un coussin de sang noir. Sa gorge nettement tranchée dessinait une deuxième bouche obscène que sa main essayait de cacher comme on cache de mauvaises dents. L’arme avait sectionné une artère car le sang avait giclé partout, dessinant un Jackson Pollock période fractale sur les rideaux, les murs, la moquette. Le chef légiste dut lire mes pensées et se lança comme un guide de musée dans une description détaillée de l’œuvre. Je l’écoutai d’une oreille en absorbant les détails de la scène, les méandres du sang répandu me rappelant les motifs abstraits du tapis de l’hôtel. J’y cherchai l’image de deux amants enlacés. En vain. »

Quel est le chemin éditorial de ce roman, si tu veux nous en parler ? Pourquoi as-tu choisi au départ l’auto-édition? Pourquoi avoir accepté à présent d’être édité en édition traditionnelle ?

 J’ai débuté comme la plupart des aspirants auteurs, en envoyant mon manuscrit (énorme) à des éditeurs sélectionnés, mais j’ai rapidement déchanté. Les chances d’être repéré de cette manière sont extrêmement maigres. Alors j’ai décidé de mettre une partie du roman sur les sites de lecture libre, en me disant qu’avant tout, j’écrivais pour être lu, alors pourquoi pas ? J’ai également écrit pas mal de nouvelles que je présentais dans des concours ou à des magazines. À ma grande surprise (après la grosse déception des refus d’éditeurs), mes textes ont plu, j’ai remporté des concours, mes nouvelles ont commencé à être publiées et le roman a cartonné sur les sites gratuits. Cela m’a donné suffisamment confiance pour me lancer dans l’autoédition, que j’ai découverte grâce aux conseils d’un pionnier dans le métier, Jean Philippe Touzeau. J’ai appris les fondamentaux de l’autoédition numérique (qu’est-ce que c’est qu’un ebook, comment ça se fabrique, etc.), bricolé quelques couvertures (j’avais remanié mon roman fleuve en trois tomes sur les conseils de Jean Philippe) et me suis lancé sur Amazon, un volume après l’autre. J’ai vendu environ 1500 exemplaires du premier tome, pas un énorme succès mais c’était mon premier livre et personne ne me connaissait ou presque, et j’ai eu la chance inouïe qu’il soit sélectionné pour le Prix Amazon 2015 comme l’un des dix meilleurs romans autoédités de l’année. À partir de là, tout est allé très vite. Quand j’ai publié l’intégrale du roman, il a filé tout de suite dans les meilleures ventes et y est resté six mois, atteignant même la mythique position #1. Suite à cela, j’ai été approché par quelques éditeurs, tous très bien placés, mais à chaque fois ils me demandaient de faire des changements considérables dans le texte, le réduire de moitié ou je ne sais quoi. J’ai refusé en bloc. Je vendais très bien tout seul et j’étais libre de faire ce qu’il me plaisait. De plus la communauté des auteurs indépendants est extraordinaire et je me sens très à l’aise dans ce milieu. Bien évidemment, j’aurais aimé voir mon livre en librairie mais les conditions imposées par les éditeurs ne me convenaient pas du tout. Jusqu’à ce que je rencontre mon éditeur actuel, qui est partenaire avec France Loisirs et la plateforme de ventes Chapitre. Ça a été sans aucune prise de tête, nous étions sur la même longueur d’onde sur le prix, le format, le respect du manuscrit, ma liberté de continuer à publier en tant qu’indépendant, etc. Donc ça s’est fait naturellement et très vite. Quelques mois seulement après avoir signé le contrat, le livre est déjà en route vers les librairies. C’est un gros engagement pour eux parce que je suis inconnu chez les libraires mais c’est un pari qui je l’espère s’avérera gagnant. Rien n’est garanti mais j’espère que mon roman saura trouver son public de la même manière qu’il l’a fait en numérique.

Tu es donc ce qu’on appelle à présent un auteur hybride. Quelles sont tes belles surprises vécues dans l’autoédition ? Continueras-tu à t’auto-éditer en numérique ?

 Absolument. L’autoédition numérique est un excellent moyen de mettre ses textes au test du public parce qu’il n’y a pratiquement aucun intermédiaire (Amazon donne bien un coup de main mais ils ne peuvent pas faire de miracles). Ça se passe directement entre vous et vos lecteurs potentiels. C’est ce qu’on appelle du flux tendu. S’ils aiment ce que vous faites, ce sont eux qui vont vous propulser. Il n’y a pas de meilleur jury pour votre travail d’écrivain. Sans compter la liberté précieuse dont on bénéficie en tant qu’indépendant. Donc oui, si j’en ai la possibilité, je continuerai à publier en autoédition et, dans tous les cas, je continuerai à soutenir l’autoédition et les auteurs indépendants.

Quel est ton prochain roman? Tes prochains projets?

 J’ai déjà auto-publié un second roman noir, que j’espère voir décoller après la publication du Baiser de Pandore, et je travaille actuellement sur le troisième qui est en quelque sorte un polar nordique. J’ai passé une partie de ma vie au Danemark donc je peux me réclamer de cette vague. Blague à part, j’aimerais rendre hommage à ce pays et à ses habitants et le roman est un moyen de le faire. J’aimerais également m’essayer au roman de SF ou de Fantasy mais pour l’instant je n’ai pas dépassé le stade de la nouvelle dans ces genres. Et je continue à écrire des histoires courtes, sur commande la plupart du temps pour des magazines ou des recueils.

 Quel secret d’auteur donnerais-tu à quelqu’un qui désire se lancer?

Il n’y a pas de secret particulier. Il existe autant de manières d’écrire qu’il existe d’auteurs. Chacun doit trouver et exercer sa propre voix, cette musique particulière qui fait qu’on reconnaît immédiatement un auteur à la façon dont il aligne les mots et les images. Une fois encore, je ferai une comparaison avec la musique mais c’est aussi vrai des autres arts. À quoi reconnaît-on immédiatement un tableau de tel ou tel artiste ? Ce sont les mêmes tubes de peinture, les mêmes châssis de toile. L’écriture a une dimension extrêmement personnelle et il faut l’aborder, je pense, avec une grande sincérité et une vraie passion. Cela transparaîtra dans vos écrits. Et, comme dans les autres arts, il faut sans cesse travailler ses outils et chercher à se perfectionner toujours davantage. L’autoédition demande de porter beaucoup de casquettes, toutes celles qu’un éditeur porterait pour vous. Les lecteurs ne sont forcément plus indulgents parce que vous êtes autoédité. Il faut étudier et connaître vos outils si vous voulez tout faire tout seul (quand vous commencerez à vendre, vous pourrez engager des correcteurs, des maquettistes et autres, mais d’ici là, c’est votre boulot).

Pour retrouver Patrick Ferrer :

Son blog www.mezaventures.com

Sa page FB https://www.facebook.com/PatFerrer.Auteur/

Sa page auteur amazon https://www.amazon.fr/Patrick-Ferrer/e/B00P3U2CUI
(n’oubliez pas de cliquer sur le petit plus « Suivre » !)

Son Twitter : https://twitter.com/Pat3kFerrer

Et son roman Le baiser de Pandore, dans toutes les librairies dès aujourd’hui!
Et voilà les amis, à vous de jouer…

 

 

 

 

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