Les lettres du concours! voici la Lettre #2 écrite par Céline Saint-Charle

Les lettres du concours! voici la Lettre #2

Citation : « Je vais mourir de n’avoir pu enfanter un prince. »

Chaque mercredi je publie les lettres gagnantes du concours, par ordre décroissant.
Durant tout l’été donc, à raison d’une lettre par semaine, en finissant par le numéro 1,
Vous pourrez lire ces délicieuses lettres qui nous ont été envoyées par les
écrivain-e-s qui se sont confronté-e-s à l’exercice,
dans le cadre du concours de la lettre d’amour pour la sortie du roman La lettre froissée.

Je vous rappelle qu’il s’agissait d’écrire la lettre d’un amour qui semble impossible,
ou d’un amour qui jamais ne pourrait se révéler,
une lettre que vous n’oseriez jamais envoyer…

En les lisant, vous allez être comme nous, j’en suis sûre, sous le charme.

Voilà donc la lettre de Céline Saint Charle, tragique et lyrique devant la mort,
envoyée par Ann Boleyn à Henri VIII, parfois surnommé Barbe-Bleue!
Votre lettre nous a transportés plusieurs siècles en arrière et nous a fait revivre les affres du tragique destin d’Ann Boleyn…

 

 » La Tour, Londres

19 mai 1536 AD

Votre grâce, Mon époux, Henri

L’aube grise perce peu à peu l’obscurité, une brise tiède fait vaciller ma chandelle. Mes fidèles compagnes sanglotent, l’appétit enfui. Elles boudent la collation qui nous a été servie. Je ne mange pas non plus.

Je les regarde, je leur souris. Je tente de les consoler.

Il est bientôt l’heure. Mes cheveux ont été relevés et attachés, très haut, très serré. L’air sur ma nuque me fait frissonner, je crois déjà sentir l’acier glacé de l’épée.

Je devrais me tourmenter de mon âme éternelle. Je devrais me tracasser de mes affaires, que je n’ai pas eu le loisir de mettre en ordre. Je devrais m’épouvanter de ce qu’il adviendra de ma fille Élizabeth, que vous avez déclarée bâtarde. Notre fille, que pourtant vous aimâtes.

Je devrais.

Mais, pourtant, je ne sais que penser à vous. Mes mains tâtent le vide, s’appuient sur votre visage imaginé. Je vous revois, souriant, une étincelle de désir dans les prunelles. Mon corps tremble du souvenir de votre index le parcourant, comme on explore la carte d’un monde inconnu et merveilleux.

Vous fûtes mon ami, mon maître, mon amant, mon complice. Vous ne serez plus désormais que mon bourreau. Je l’accepte, je me tais, je ne m’offusque pas. Pour vous. Vous vous êtes égaré, vous avez permis que mon nom fût traîné dans la fange, que mon propre frère périsse sous la hache.

Mais, pourtant, je ne sais pas vous haïr. Mes paumes frémissent de la souvenance de votre chevelure soyeuse. Au plus profond de mon ventre, ma matrice pleure de n’avoir su vous offrir ce fils, seul cadeau que vous espériez.

Je vais mourir de n’avoir pu enfanter un prince.

Qu’importe. Ma vie n’a de toute façon plus aucun sens depuis que j’ai compris votre désamour. Je voudrais hurler, vous appeler, vous faire venir à moi. Vous voir, baiser vos lèvres une ultime fois. Ô, comme le sort m’est injuste ! Moi qui n’ai fait que vous adorer, vous cajoler, vous admirer.

Le Seigneur m’est témoin que ma conscience est pure, que je n’ai pas à me reprocher les abominations dont on m’a accusée.
Adultère ! Moi, qui n’ai jamais porté le regard sur un autre que mon Henri ?
Incestueuse ! Parce que vous fûtes tout pour moi, jusques et y compris un frère de pensées, de passions, d’intérêts ?
Traîtresse ! Parce que je déraisonnais en rêvant de vous garder tout à moi, et ne pas vous partager avec cette maîtresse exigeante qu’est l’Angleterre ?

Allons, midi s’approche, j’entends un fameux chahut dans la cour, c’est pour bientôt. Un effroi saisit soudainement mon cœur. Et si Dieu ne vous permettait pas l’accès au Paradis après votre trépas ? L’idée d’une éternité sans vous m’horrifie. Je veux que nous passions des millénaires de bonheur absolu, main dans la main, arpentant le jardin d’Eden, dans une sérénité retrouvée.

Si vos actes contre moi vous condamnent à l’Enfer, vite, je dois commettre quelque crime monstrueux pour être certaine de vous y attendre, aux dépends de mon propre salut.

Ou, mieux, je trouve en moi la force de vous pardonner. Oui, Votre Grâce, je vous pardonne. De toute mon âme, de toute ma ferveur, de tout mon cœur. Je vous pardonne vos affronts, vos offenses, vos injures. Je vous pardonne la blessure presque mortelle que vous m’infligeâtes en m’écartant de votre rayonnement, me plongeant dans une ombre désespérée.

Je vous pardonne. Et nous nous retrouverons. À jamais unis. Je vous vénèrerai enfin à mon aise, à l’abri des mesquines intrigues des mortels.

J’entends la voix du gouverneur Kingston, son pas lourd dans l’escalier. Il est temps de terminer ma missive, et de la dissimuler derrière une pierre du mur, à l’abri, car elle pourrait être prise comme une accusation. Vous ne la lirez jamais sans doute. Un être futur la découvrira peut-être. Et, enfin, la vérité de mon amour et de mon innocence éclatera ici-bas, tandis que nous goûterons aux félicités promises par Dieu.

Adieu donc ! Mon aimé, mon roi, mon doux sire.

Pour toujours vôtre,

Anne Boleyn Regina »

Félicitations à Céline Saint Charle, qui a gagné une soirée romantique pour 2 personnes
au restaurant Belle-Époque La Pérouse à Paris. Sur les traces des courtisanes célèbres de la IIIe République.

***

En 1884, à Cannes.
Un hivernant pas comme les autres: le célèbre écrivain Guy de Maupassant,
une jeune courtisane née au Suquet, Lola Deslys
et une aristocrate anglaise déclassée, Miss Fletcher of Ramsey,
s’allient pour rendre justice à une jeune femme de chambre
assassinée dans le parc d’un palace de la Croisette.
Parviendront-il à faire éclater la vérité dans une ville
où la protection des puissants est la seule priorité?

En papier dans votre librairie, ou en numérique, ici.  

 

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