NOM DE CODE: MÉMÉ RUTH, Tissons la solidarité, une réinsertion luxueuse

« Parce que retrouver un travail n’est jamais cousu de fil blanc »

Si vous connaissez la série des Rosie Maldonne,
vous savez que je me suis attachée à mélanger les genres, là où parfois ça gratte.
Par exemple, mélanger le polar et l’humour, on dirait pas comme ça,
mais les éditeurs n’aiment pas trop. (les français tout du moins)
Et j’ai souvent du mal à trouver des canaux pour en parler.
Les amateurs de polar vont les trouver trop « comiques »
et les amateurs de comédie n’aiment pas forcément les polars.
Du moins, les décideurs en ont-ils décidé ainsi.
Les lecteurs, eux, y trouvent leur compte, et du bonheur à lire… Heureusement!

Je suis donc toujours à l’affut de contrastes intéressants pour écrire une nouvelle frasque de Rosie,
et lorsque je suis tombée sur les actions de:
https://www.tissonslasolidarite.fr/#tissons-la-solidarite
Le rapport entre les difficultés de ces femmes en situation précaire, en recherche de réinsertion,
et l’idée de se réinsérer dans l’industrie du luxe, m’a tout de suite charmée.
Ce n’est pas Florence Aubenas et son Quai de Ouistreham Le Quai de Ouistreham
qui me contredira,
se réinsérer, pour une femme, c’est plus problématique que pour un homme,
elle l’a vécu dans sa chair, même si c’était surtout pour les besoins de son enquête.

L’association « Tissons la solidarité » a tourné un film pour mettre en lumière cette recherche d’emploi particulière aux femmes.
Il s’agit de la mise en scène d’un entretien d’embauche.
(et encore, ils ont été très gentils et très modérés, je trouve!)

C’est Mathilda May, qui a prêté son concours au film. Elle est superbe de finesse et d’émotion.
Ce qui m’a plu dans la démarche de « Tissons la solidarité », c’est le mix des milieux,
la nique aux lieux communs, la confrontation d’idées opposées, qu’on n’a pas l’habitude de marier.
Vivant sur la côte d’azur, j’ai toujours été choquée par l’image que je renvoyais dès que je disais
que j’habitais à Cannes.
Immédiatement, il y avait suspicion.
Si j’habitais Cannes, c’est que je devais être richissime.
Mais nous, les cannois, nous savons bien que malgré la pléthore de Porsche et de Ferrari qui circulent dans la ville, la majorité de la population n’est pas milliardaire!
Comme partout, vous trouverez à Cannes des profs, des secrétaires, des vendeurs, des domestiques
(plus qu’ailleurs) des employés municipaux de la voirie, des facteurs, des forains, des fleuristes, des bibliothécaires, des assistantes sociales, des comptables, des pizzaiolos, (là aussi peut-être plus qu’ailleurs) des prostituées et des trafiquants en tout genre, des clercs de notaires, des artisans, des serveurs, des plagistes, des cuistots, des ingénieurs et des balayeurs, des animateurs, des clandestins, des sdf, des bénévoles et des chômeurs.
Pas mal de chômeur, en fait, surtout l’hiver…
Bref, vous m’avez comprise.
J’ai fini par intégrer que dans ce contraste, dans ce mélange de genres:  (pour simplifier, les riches et les pauvres) il y avait un aspect rarement dévoilé dans les romans.
C’est pour cette raison que j’ai inventé cette héroïne qui serait en situation précaire mais qui forcément,
étant donné l’endroit où elle vit, croiserait des gens de tous horizons, des riches et des pauvres,
des pique-assiettes et des escroc, des psys et des mafieux…
Ainsi est née Rosie Maldonne.
Un peu aussi pour aller à l’opposé des héroïnes habituellement rencontrées dans la chick-litt.
Alors que je cherchais une idée pour l’opus 4 de ma série,
imaginez donc ma curiosité  en découvrant cette association:
https://www.tissonslasolidarite.fr/#tissons-la-solidarite
Tissons la solidarité a une raison d’être: assurer un retour à l’emploi pérenne pour les salariés en insertion.
– 1900 salariés en insertion par an (dont 83% de femmes)
– 400 permanents
Leur secteur d’activité? le textile.
Réemploi et recyclage de vêtements de seconde main (ce qui évite pas mal de gâchis, non?)
mais aussi formation en techniques de ventes, partenariat avec des magasins pour écouler les vêtements produits.
Ce qui m’a le plus touchée, c’est, parmi leurs actions « éclats », leur défilé de mode.
Faire défiler des femmes qui ne sont pas des mannequins professionnels, mais des femmes en recherche d’emploi.
Ces mêmes femmes qui avaient récupéré d’anciens vêtements, et qui les avaient recyclés, avec leurs belles « petites mains » un peu fatiguées, elles allaient maintenant les montrer à un public, et elles seraient parrainées par Christian Lacroix!
Chapeau bas madame la marquise!

Je pense que vous avez à présent deviné, qu’entre autres moult péripéties,  dans ce nouvel opus de Rosie Maldonne :
NOM DE CODE: MÉMÉ RUTH,
il va y avoir un défilé de mode sacrément explosif, avec Rosie en tête d’affiche,
ce qui promet pas mal de chocs en série!

Extrait: ( rassurez vous on est au début du roman seulement,
hors de question de spoiler ce qui se savoure comme une glace acidulée!)
Au début du roman, Rosie, parce qu’il faut bien faire manger sa marmaille, se rend aux Restos du coeur:
(eh oui, même les restos du coeur existent, à Cannes!)

 » Je me suis donc dirigée vers les Restos du Cœur pour essayer de glaner des éléments de nourriture essentiels à la survie de mon clan.
Je suis entrée dans le hangar et j’ai pris ma place dans la file d’attente.
C’est en la voyant que l’incident du vendredi m’est revenu à l’esprit pour la deuxième fois de la journée.
Une vieille. Une SDF. Même coupe de cheveux ni faite ni à faire que l’autre, que celle de la grosse bagnole rouge. Enfin, pire, car il n’y avait plus trace de la coupe au carré ni des mèches. Juste du crêpage en désordre. Même visage autoritaire. Euh… C’était tout, parce que les fringues, c’était pas vraiment du Lacoste. Et elle avait une croûte sur le visage et le nez qui coulait.
Même si j’avais été dans la lune, j’aurais eu du mal à passer à côté sans la remarquer.
Elle s’agitait dans tous les sens, harcelait les filles et les femmes qui étaient là, passait de l’une à l’autre en les faisant tourner devant elle, en évaluant entre deux doigts la qualité des habits qu’elles portaient, l’air courroucé.
Bizarre.
J’ai posé la question à la femme voilée qui était devant moi avec un bébé dans les bras :
– Vous la connaissez ? Pourquoi elle a touché votre foulard ? Elle veut quoi ?
– C’est une chabraque, a dit la jeune femme avec l’accent parisien tout en ne quittant pas son bébé des yeux. Depuis tout à l’heure, elle asticote les femmes en leur disant qu’elles pourraient s’habiller mieux que ça. Que c’est pas parce qu’on n’a pas de ronds qu’il faut oublier le goût. Que même avec des fringues pourries et de récup, il faut garder sa dignité. »

Envie d’en savoir plus?

Il faudra attendre le prochain article, samedi 10 juin…
À très bientôt et préparez-vous:
sortie du roman le 19 juin 2017 !

NOM DE CODE : MÉMÉ RUTH

4 réflexions au sujet de « NOM DE CODE: MÉMÉ RUTH, Tissons la solidarité, une réinsertion luxueuse »

  1. Hate de lire une fois de plus un de tes chefs d’oeuvre Alice avec toujours cette pointe d’humour qui met du peps sur des sujets parfois lourds à porter.
    Celui-ci m’interpelle particulièrement moi qui a 54 ans ai recherché un emploi suite à une demande de divorce et j’ai finalement trouvé. Euréka…
    Bisous et à bientôt pour te lire et t’apporter mon commentaire.

  2. Génial Alice, j’ai appris plein de trucs grâce à toi ! Mathilda May est superbe dans ce court-métrage ! Je découvre aussi grâce à toi l’auteure Florence Aubenas dont j’ai commandé des livres sur la précarité en France, cela semble passionnant et relativise bien des choses.
    Merci Alice et vivement que je lise les aventures de Rosie, embarquée dans de nouvelles aventures ^^

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