#10 – La lettre froissée, sur l’eau avec Maupassant

L’ombre de Maupassant à Cannes

« J’ai vu de l’eau, du soleil, des nuages et des roches — je ne puis raconter autre chose — et j’ai pensé simplement, comme on pense quand le flot vous berce, vous engourdit et vous promène » Sur l’eau 1888

« Je ne me trouve bien que sur l’eau. » Guy de Maupassant, lettre à la princesse Potocka.

   

Maupassant, à Cannes ? Maupassant, n’est-ce pas pourtant cet auteur normand? Fécamp, Étretat? Rouen? Et le canotage sur la Seine? Paris enfin, les grands boulevards, les théâtres, les ministères, les milieux politiques, financiers, journalistiques, comme on les voit si bien dans son roman Bel Ami?

Certes ! et pourtant, rappelez-vous ce court passage dans Bel Ami où Forestier vient mourir de la tuberculose dans le midi. Ça se passe bien à Cannes, sur une colline.

Vous connaîtrez mieux la relation intime entre Maupassant et Cannes,
grâce au livret que j’ai écrit pour accompagner le roman:
Divagations autour de La Lettre froissée,
.
Dans le blog, je privilégie plutôt les images, mais dans le livret,
vous aurez les références sur mes sources, les détails.
En bonus dans le livret, plusieurs nouvelles de Maupassant
en lien avec Cannes.
Je vous l’offre en PDF,  il suffit de vous inscrire dans le Club Alice Quinn.

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Maupassant souffre de diverses misères physiques et il recherche le soleil.

Fin 1883, il découvre Cannes. La petite bourgade, en hiver, allie à la fois cette vie provinciale et calme recherchée par lui, et les mondanités parisiennes, indispensables pour entretenir sa publicité littéraire. Tout le monde est ici. Cela déborde bien de Paris, d’ailleurs, c’est la haute société européenne qui s’y presse.

  « Des princes, des princes, partout des princes ! écrit-il avec ironie. Ceux qui aiment les princes sont heureux. À peine eus-je mis le pied, hier matin, sur la promenade de la Croisette, que j’en rencontrai trois, l’un derrière l’autre. Dans notre pays démocratique, Cannes est devenue la ville des titres. »

Une enclave aristocratique dans la 3e République, dans une Europe qui en compte encore peu alors. (de républiques!)

Maupassant se moque de cet engouement envers les aristocrates.

À la fois taciturne, farouche, épris de solitude et jaloux de sa quiétude, qui lui sont nécessaires pour écrire, Maupassant aime aussi se montrer dans le Monde. Une reconnaissance qu’il recherche et qu’il fuit en même temps.

Il suit la mode des Hivernants et vient lui aussi les hivers. Très vite, il se prend à aimer ce qu’il voit comme une petite ville d’opérette posée comme un dessert crémeux sur une eau scintillante.


Plus que tout autre il en décèle les contradictions, la douleur et la mort vibrant sous l’apparence festive et luxueuse.

« C’est seulement avant midi qu’on rencontre sur la Croisette tous les nobles étrangers.
La Croisette est une longue promenade en demi-cercle qui suit la mer depuis la pointe, en face Sainte-Marguerite, jusqu’au port que domine la vieille ville. Les femmes jeunes et sveltes, — il est de bon goût d’être maigre, — vêtues à l’anglaise, vont d’un pas rapide, escortées par de jeunes hommes alertes en tenue de lawn-tennis. Mais de temps en temps, on rencontre un pauvre être décharné qui se traîne d’un pas accablé, appuyé au bras d’une mère, d’un frère ou d’une sœur. Ils toussent et halètent, ces misérables, enveloppés de châles, malgré la chaleur, et nous regarder passer avec des yeux profonds, désespérés et méchants.
Ils souffrent, ils meurent, car ce pays ravissant et tiède, c’est aussi l’hôpital du monde et le cimetière fleuri de l’Europe aristocrate. »

Il vient donc régulièrement à Cannes de 1884 jusqu’en janvier 1892, un an avant sa mort. Et sa dernière maison d’homme libre, avant l’enfermement, avant la folie, c’est à Cannes qu’elle se situe, au Chalet de l’Isère.

L’amour que Maupassant porte à la Côte d’Azur est indissociable de celui qu’il porte à l’élément liquide. Car à Cannes, il y a de l’eau ! La mer ! Cet élément est pour lui indispensable. Maupassant est un marin dans l’âme.

Il en aura des barques et des yoles, et il canotera sur la Seine avec ses amis et des « filles ». Il posera même, au milieu de son jardin dans sa villa
  la Guillette, à Étretat,
  une « caloge »
-ancienne barque de pêcheur, (caïque), qui, désarmée et mise à l’envers, se transforme en maison.
Elle servira de chambre à son valet François Tassart, qui n’appréciera que moyennement. Mais de la part de Maupassant, c’est un honneur d’habiter la caloge.

Mon roman La lettre froissée

est le premier tome d’une trilogie qui se situe à Cannes entre 1884 et 1892, justement. Pourquoi précisément de 1884 à 1892? Ces dates me furent imposées par la présence attestée de Maupassant à Cannes ces années là.

Noëlle Benhamou, du site Maupassantiana écrit : « Cannes a néanmoins sa préférence. Il réside dans des villas aux noms pittoresques : Mon Plaisir, Continentale, Marie-Louise et le tristement célèbre Chalet de l’Isère, témoin de la perte définitive de sa raison.»
hôtel pension Marie Louise
Chalet de l’Isère
       
Villa Continentale

Il y vit dans des endroits différents, louant tantôt des appartements, tantôt des maisons.
Parfois il descend à l’hôtel (Le Splendid, sur les Allées) ou dans son bateau, quand il ne loue pas une maison entière,
comme Le chalet de l’Isère.

Mais toujours il revient à la mer.
La Croisette, le restaurant La Réserve, les promenades avec vue sur la mer…

Comment pourrait-il vivre à Cannes sans avoir un bateau ?
Il en aura 3 qui seront amarrés au Vieux Port :  

Pour tout savoir sur les voiliers de Maupassant à Cannes,
vous pouvez lire le livret en broché, vous le trouverez en cliquant ici:
Divagations autour de La lettre froissée.

 

En résumé, il y aura d’abord La Louisette, Une grosse barque gréée.

Puis,
Le Bel-Ami I.

Maupassant est rempli de fierté chaque fois qu’il monte à bord. Le pont en teck, le solide gréement, la barre de cuivre, il a tout payé grâce à ses droits d’auteur. Ce magnifique voilier est le symbole de sa réussite littéraire, son rêve d’enfant atteint.

Entre ciel et eau, Maupassant goûte l’ivresse de la solitude, de la liberté et de l’accord avec la vague et le vent.

En 1888, Maupassant, qui désire un bateau plus grand, achète à Marseille La Zingara.

C’est un beau yacht de 15 mètres et 13 tonneaux, construit en 1879 en Angleterre. Avec ce navire il fera un voyage en Italie dont il tira La vie errante. Le Bel-Ami II était un excellent navire et un bon marcheur. Il était arrangé avec tout le confort, surtout pour recevoir des amis à dîner. Il y avait une cabine formant salon, et une salle à manger pour 10 personnes, entourée de divans pouvant servir de couchettes. Il y avait également une petite cabine qui était la chambre à coucher de Maupassant, contenant juste une couchette dans un espace restreint.

Il fera sa dernière sortie en mer à Cannes, le 27 décembre 1891. Bien sûr, il ne le savait pas. Son marin trouve qu’il a du mal à se mouvoir.
Quelques jours plus tard, dans les premiers jours de janvier 1892, il fait sa tentative de suicide et il est emmené en camisole de force par le train accompagné de François son valet et d’un infirmier, à la clinique du docteur Blanche à Auteuil.

Extraits de Sur l’eau (1888) :

« Mais voilà que, doublant le cap d’Antibes, nous découvrons les îles de Lérins, et loin par derrière, la chaîne tourmentée de l’Esterel. … Je n’ai jamais vu nulle part ces couchers de soleil de féerie, ces incendies de l’horizon tout entier, ces explosions de nuages, cette mise en scène habile et superbe, ce renouvellement quotidien d’effets excessifs et magnifiques qui forcent l’admiration et feraient un peu sourire s’ils étaient peints par des hommes. »

Les îles de Lérins, qui ferment à l’est le golfe de Cannes et le séparent du golfe Juan, semblent elles-mêmes deux îles d’opérette placées là pour le plus grand plaisir des hivernants et des malades. »
   

«Il est midi, la promenade maintenant est déserte et je retourne à bord du Bel-Ami, où m’attend un déjeuner modeste préparé par les mains de Raymond, que je retrouve en tablier blanc et faisant frire des pommes de terre.

Pendant le reste du jour j’ai lu. »

« J’ai vu de l’eau, du soleil, des nuages et des roches — je ne puis raconter autre chose — et j’ai pensé simplement, comme on pense quand le flot vous berce, vous engourdit et vous promène »

  Sur l’eau 1888

Dans les années 1895, on donna le nom de « jetée Guy de Maupassant » à la jetée qui se tenait devant le Cercle Nautique.

Sur cette image, on voit bien la jetée en question, et le Cercle Nautique, au fond.

À gauche du Cercle sur la photo, on devine la Malmaison, qui existe toujours.

Le Cercle Nautique fut détruit, et on construisit à cet emplacement le premier Palais des Festivals de Cannes. Celui-ci fut également détruit dans les années 1980 pour être remplacé par une sorte de bâtiment à l’architecture improbable, qui abrita par la suite différentes enseignes d’hôtels aux propriétaires japonais, saoudiens ou russes. Actuellement le Marriott. Cannes est une ville qui ne s’embarrasse pas de nostalgie. Les promoteurs immobiliers et les hommes d’affaires y veillent.

J’ai lu sur un guide que l’on peut trouver un panneau indiquant le nom de Maupassant près de cette jetée (la dernière jetée construite au même endroit), mais je l’ai cherché en vain.

Maupassant n’aimait pas qu’on fasse son portrait, qu’il soit photographique ou peint. Il en existe donc très peu. L’un de Nadar, sans arrêt repris, retouché, colorié… et quelques rares autres, dont un pastel de Gervex.

 

J’ai choisi ici une de ses dernières photos:

On peut y pressentir quel aurait été son aspect physique s’il avait eu le temps, la chance, le privilège de vieillir, simplement,
et non de mourir à 43 ans, comme ce fut le cas. La maigreur et les premières rides qui apparaissent m’ont touchée.

À présent que vous en savez autant sur l’écrivain à Cannes, je suis sûre que vous avez envie de lire quelques unes de ses nouvelles. C’est pourquoi j’ai sélectionné pour vous dans le livret Divagations autour de la lettre froissée, cinq contes de Maupassant ayant tous un rapport avec Cannes ou la Riviera française. Mais aussi un extrait des Souvenirs du valet de Maupassant, François Tassart, qui vous parle des derniers jours de Maupassant à Cannes.

Dans cet article, les citations de Maupassant proviennent pour la plupart de son ouvrage Sur l’eau.

Les gravures en noir et blanc proviennent du même ouvrage et ont été dessinées par le peintre Riou.

 

Retrouvez les articles autour de La lettre froissée sur le blog :

#1 La lettre froissée, il était une fois un roman policier historique sur la Riviera, à la belle Époque…

#2 La lettre froissée, Prostitution et Courtisanes au XIXe siècle, 1/2: la fille publique.

#3 La lettre froissée, Prostitution et Courtisanes au XIXe siècle, 2/2 : la courtisane.

#4 La lettre froissée, La courtisane, la déclassée et l’écrivain, 3 personnages en quête d’identité

#5 La lettre froissée, le Jour J ! C’est aujourd’hui !

#6 La lettre froissée, Cannes, en 1884… Promenez-vous dans les lieux du roman…

#7 La lettre froissée, à vos plumes d’amour… Concours d’écriture littéraire… Amusez-vous…

#8 La lettre froissée, deux héroïnes face à face, deux revenantes chez les Rothschild, libre entretien.

#9 La lettre froissée, lecture d’un extrait, la rencontre…

 

Enquête à la Belle-Époque, tome 1 : La lettre froissée

Premier tome d’une trilogie, policière historique,
La lettre froissée est un roman se déroulant à Cannes en 1884

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