#6 – La lettre froissée, Cannes, en 1884… Promenez-vous dans les lieux du roman…

La lettre froissée, pourquoi à Cannes ?

Si j’ai choisi Cannes comme écrin de l’action du roman, outre que c’est la ville où je vis, c’est que sa situation à l’aube de la Belle Époque, était particulièrement étonnante.

Cannes avant 1835 est pendant longtemps une petite ville provençale banale avec une population très diversifiée. Un tiers des activités est tourné vers la mer et les bateaux portuaires, malgré le port mal protégé ; un deuxième vers l’agriculture ; le reste est consacré à l’artisanat. L’accès par la route en est difficile. Il n’existe qu’une seule auberge.

  

Vous connaîtrez tous les itinéraires insolites et secrets des personnages,
grâce au livret que j’ai écrit pour accompagner le roman:
Pour en savoir encore plus sur la vie à Cannes en 1880
et prolonger la rêverie,
vous promener dans Cannes
en retrouvant les lieux du roman,
à moitié effacés…
Voilà Divagations autour de La Lettre froissée,
.
Dans le blog, je privilégie plutôt les images, mais dans le livret,
tout est plus développé,
vous aurez les références sur mes sources, les détails.
Je vous l’offre en PDF,  il suffit de vous inscrire dans le Club Alice Quinn.

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Dans les années 1830 Lord Brougham tombe amoureux du bourg et il fait construire une villa, lançant ainsi la ville de Cannes comme lieu de villégiature à la mode pour toute l’aristocratie anglaise. À sa suite, toute la Haute Société d’Europe s’entiche de Cannes.

On les nomme les Hivernants. Ils ne se contentent pas de visiter Cannes comme le feraient des touristes, mais ils s’y installent durant les longs mois d’hiver. Ils se font construire des villas magnifiques qu’on ouvre aux premiers jours de l’automne, et qu’on referme en recouvrant les meubles de housses au printemps, pour retourner vivre la « Saison » à Paris, Londres ou Moscou. C’était une suite sans fin de fêtes et de bals masqués.

Bal masqué donné par le baron de Lycklama à Cannes

Cette migration régulière des nobles européens, des plus puissants et influents hommes politiques, entraîne à sa suite ce qui se compte de mieux comme artistes, peintres, écrivains, musiciens.

Bien entendu, le « demi-monde », (courtisanes, actrices, chanteuses, danseuses, prostituées) suit et lance les modes, dans une vie parallèle scandaleuse.

Bref le Gotha est au rendez-vous chaque hiver.

Le peuple des domestiques suit ceux qu’il faut servir, car on ne se déplace pas sans eux.

La population locale de Cannes y trouve un débouché avantageux. Ces nouveaux venus sont exigeants et dépensent sans compter. Ils ont besoin de domestiques et d’artisans. De fleuristes, parfumeurs, cuisiniers, pâtissiers, traiteurs, parfumeurs, modistes, couturières, dentellières, lavandières, loueurs d’attelages ou joailliers. D’épicerie fine, de grands vins, de grands cafés, de restaurants, de salons de thé, ou de glaciers. Les hôtels d’abord, les palaces ensuite aussi bien que les pensions de famille, vont proliférer.

L’époque est trouble et difficile du point de vue social et politique et on peut imaginer un monde souterrain d’escrocs et de voleurs, mais aussi d’espions se glissant dans l’ombre des têtes couronnées qui se déplacent. Ce qui sous-entend quelques policiers spécialisés dans la sûreté d’état pour protéger les personnalités en vue.

La police de Cannes doit régler à la fois les affaires de mœurs, de vols et d’attentats possibles, sans parler des nombreux mendiants.

J’ai pris un tel plaisir à me replonger dans les cartes anciennes de Cannes et les détails de la vie cannoise en 1884, que je ne résiste pas à l’envie de communiquer aux lecteurs quelques éléments qui m’ont passionnée.

Si vous avez aimé La lettre froissée, et si un jour vous visitez Cannes, ou même si vous connaissiez déjà la ville, cela vous amusera peut-être de les découvrir ou de vous promener sur les traces de Lola Deslys.

En 1856, la ville ne compte que trois hôtels ; en 1862, nous en sommes à sept. Mais en 1863, tout va s’accélérer avec l’arrivée du train et la construction de la gare de Cannes.

Que vous connaissiez déjà la ville, ou que vous ayez l’intention de la visiter, cela vous amusera peut-être de vous promener dans les traces de pas de Lola.

PLAN de Cannes en 1884, ajusté au roman La lettre froissée, d’Alice Quinn:

J’ai longtemps sillonné Cannes, en échafaudant des parcours pédestres possibles pour Lola : comment ferait-elle pour se rendre au théâtre, à l’hôtel, dans la vieille ville pour voir sa mère, chez ses chéris

En me promenant par là un jour, je suis tombée en arrêt devant une maison dont le nom affiché était : Les Pavots.

La maison existe donc toujours.
Il faut avoir un peu d’imagination pour la voir telle qu’elle devait se présenter à l’époque entourée de champs, de vergers. Orangers, oliviers… Un jardin potager. Un bassin, une remise pour les chevaux, quelques animaux comestibles…

Les dimensions de la maison Les Pavots m’ont semblé parfaites, permettant à Lola d’y déployer ses ailes.

Elle avait une vue idéale sur la gare et côtoyait l’hôtel Central, palace tout récent à l’époque devenu aujourd’hui le lycée Bristol.

Lola dans le roman y rencontrera le prince de Galles, « Bertie », logé ici incognito, qui deviendra par la suite roi d’Angleterre.

De sa maison, Lola pouvait se rendre à pied partout dans Cannes.

L’orphelinat Notre-Dame du Sacré-Cœur était situé juste à côté.
Vous le chercheriez en vain car il a été complètement rasé, même si le nom de la rue de l’orphelinat continue à témoigner de son existence passée.
Cet orphelinat fut le théâtre de ces morts inexpliquées de petites filles durant l’hiver 1884, morts toujours non élucidées à ce jour et jamais évoquées dans les journaux de l’époque.

J’aurais adoré situer l’action de mon roman au Carlton, mythique palace de Cannes, mais il n’existait pas encore en 1884 !J’ai donc choisi l’hôtel Beau Rivage fut l’un des premiers hôtels de la Croisette, avec le Grand Hôtel.

        

 

Le bâtiment du théâtre de la rue d’Antibes où va se produire Lola nous offre toujours ses bas-reliefs de masques de tragédie sur sa façade ;
il se trouve au milieu de la voie, juste en face du début du boulevard de la République. C’est ainsi que je l’ai repéré, au 102 rue d’Antibes.

La joaillerie Siegl joue un rôle dans le roman, permettant à Lola Deslys d’arborer de vrais bijoux durant sa prestation au Théâtre. Je ne peux vous en dire plus sous peine de spoiler l’intrigue.

C’était l’endroit où le Gotha venait faire ses emplettes. Les personnalités y ont défilé aussi bien du Grand Monde que du Demi-Monde, des princes et des ducs, l’empereur d’Annam ou Liane de Pougy. Churchill y a fait quelques achats, Picasso aussi ou plus récemment Bruce Willis. Cette joaillerie existe toujours, si vous désirez un bijou de créateur, l’atelier est sur place, au 54 rue d’Antibes.

La rue Bossu se nomme actuellement la rue des Belges.

La parfumerie de l’île Notre-Dame a bien existé.

La rue de Châteaudun a laissé comme seule trace le passage Châteaudun, car la rue Jean Jaurès l’a remplacée. C’était un coin assez populeux, avec des bouges, une vespasienne et deux maisons closes.

La rue du Redan, où Maupassant avait loué un appartement en 1884, est devenue la rue Dollfus.

Par contre, vous verrez toujours le marché Forville au même endroit.
Même s’il a changé d’aspect, il est resté un vrai marché avec des paysans qui vendent leurs légumes de saisons, où il fait bon flâner surtout le dimanche matin.

L’hôtel de ville n’a pas bougé,
  Il a été construit en 1876, devant le quai Saint-Pierre. Il abritait aussi à l’époque une bibliothèque, le commissariat principal, la Poste et les Télégraphes.

Le Suquet, parfois nommé « mont Chevalier » – le nom de l’école Mont Chevalier en témoigne – est toujours là, offrant le visage de la vieille cité et ses nombreux petits restaurants typiques.
Dans le château qui surplombe cet ensemble médiéval, a été créé le musée de la Castre. C’est ici que Clara Campo sera formée comme domestique en sortant de l’école vers onze ans, avant de travailler à la faïencerie à l’adolescence.

L’école de la Ferrage est celle de Lola et de Clara. Elle a connu ses derniers écoliers en 1987, avant d’être démolie et de laisser place à la mairie annexe.

Tout le monde connaît le célèbre boulevard de la Croisette ; toutefois il faut savoir qu’à l’époque, il ne continuait pas jusqu’à la pointe Croisette, actuellement nommée « le Palm Beach ». Il se transformait à cet endroit en un chemin caillouteux pas toujours praticable. C’était une zone de marais, de broussailles et de rochers, avec tout au bout une attraction : un tir aux pigeons. C’est l’endroit où Miss Fletcher tente de se suicider.

Le restaurant La Réserve, environ à l’emplacement de l’actuel port Canto, en signalait la fin à peu près carrossable.

Ce que je nomme « la Marine » ou « les Allées » dans le roman, correspond aux actuelles Allées de la Liberté, où l’hôtel Splendid, le kiosque à musique et la statue de Lord Brougham existaient déjà.

Miss Fletcher affronte la comtesse d’Orcel sur le terrain de tennis de l’hôtel Beau-Site:
Ce fut le premier court au monde en terre battue. Inventé en 1874, le lawn-tennis est à l’origine conçu pour le gazon anglais. Deux champions britanniques, les frères Renshaw, s’entraînent et installent des courts dans le parc de l’hôtel Beau Site.
Si vous désirez savoir comment les frères Renshaw inventèrent les courts de terre battue, c’est détaillé dans le livret Divagations autour de La lettre froissée

Tous les romans historiques sont faits d’une mixité entre les personnages fictifs et ceux qui ont vraiment existé.
Certains parmi ces derniers continuent, à Cannes, à nous parler à travers des noms de villas, de rues ou de boulevards.
 Le château de la duchesse de Vallombrosa est toujours là – avec son parc, au 6 de l’avenue Jean de Noailles.

Le bon docteur Buttura possède une rue au centre de Cannes où l’on trouve les locaux de la caisse d’allocations familiales.

Et n’oublions pas le prince de Galles, fils aîné de la reine Victoria. Il deviendra le roi Edouard VII. Il a tellement aimé Cannes – où il pouvait commettre ses frasques en se tenant éloigné de sa mère qui, elle, descendait plutôt à Nice – qu’il nous a laissé en cadeau la tradition des régates royales. Il a semé aussi son nom un peu partout : avenue prince de Galles, hôtel prince de Galles, résidence prince de Galles, et même la jetée Albert-Edouard fut créée en son honneur.

Mon troisième personnage a vraiment existé, vous le connaissez tous. Maupassant, l’écrivain. Il m’a imposé les dates du roman, car du fait de sa présence dans l’histoire, j’ai dû faire tenir l’action pendant sa venue attestée à Cannes. Au fil des hivers, il a habité des lieux différents, loués parfois à l’année.

Parfois il restait à bord de son cotre si élégant.

Il a semé dans son sillage des noms de rues, d’immeubles, de jetées ou de villas…
Son dernier séjour à Cannes, dramatique, se déroula fin 1891, jusqu’au 5 janvier 1892 au Chalet de l’Isère, 42 avenue de Grasse.

Je détaillerai sa relation particulière avec Cannes dans un prochain article.

Croyez-le ou non, Maupassant m’a soufflé tout ce qui le concerne, et sa présence au-dessus de mon épaule lorsque j’écrivais était réconfortante pour moi. Vous devez douter de ma raison, mais non, non, je vous assure, il était bien là.

Quand mon chat de temps en temps fixait d’un air surpris un point vide dans la pièce à côté de moi pendant que j’écrivais, je savais qu’il le voyait. L’homme de lettres venait me rendre visite et vérifier que je n’écrive pas trop de bêtises sur lui !

Il a aimé Cannes et la Méditerranée, les couleurs, les odeurs, les fleurs. Je ne peux plus observer les anciens bâtiments de Cannes et surtout les façades du Vieux Port, sans penser que son regard s’est aussi posé sur eux.

C’est sur ses rives qu’il a vécu ses derniers instants de liberté. Voilà ce qu’il écrivit en 1888, à bord de son bateau :

« … Je sens entrer en moi l’ivresse d’être seul, l’ivresse douce du repos que rien ne troublera, ni la lettre blanche, ni la dépêche bleue, ni le timbre de ma porte, ni l’aboiement de mon chien. On ne peut m’appeler, m’inviter, m’emmener, m’opprimer avec des sourires, me harceler de politesses. Je suis seul, vraiment seul, vraiment libre. Elle court, la fumée du train sur le rivage ! Moi je flotte dans un logis ailé qui se balance, joli comme un oiseau, petit comme un nid, plus doux qu’un hamac et qui erre sur l’eau, au gré du vent, sans tenir à rien. »

Ou si vous préférez, retrouvez les articles publiés sur mon blog autour de la lettre froissée

#1 La lettre froissée, il était une fois un roman policier historique sur la Riviera, à la belle Époque…

#2 La lettre froissée, Prostitution et Courtisanes au XIXe siècle, 1/2: la fille publique.

#3 La lettre froissée, Prostitution et Courtisanes au XIXe siècle, 2/2 : la courtisane.

#4 La lettre froissée, La courtisane, la déclassée et l’écrivain, 3 personnages en quête d’identité

#5 La lettre froissée, le Jour J ! C’est aujourd’hui ! (Tout sur le Concours: gagnez un séjour à Cannes)

 

Enquête à la Belle-Époque, tome 1 : La lettre froissée

Premier tome d’une trilogie, policière historique,
La lettre froissée est un roman se déroulant à Cannes en 1884

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