Luca Tahtieazym nous parle de son roman Élise

Auteur #11: Luca Tahtieazym

   

Nous voilà à la semaine qui fracasse les prix, celle du black Friday,
toutes ces barbares coutumes qui nous viennent du nouveau Monde…
Ici, pour ce dernier samedi de novembre, je reçois un auteur qui se fait une belle place en ce moment parmi les indépendants.
Il est plein d’humour, pourtant ce qu’il écrit est noir. Très noir même.

Et vous le verrez, le point commun de ces entretien commencent à m’apparaître. Vous allez dire que je suis longue à la comprenette! Il s’agit une particularité que l’on retrouve chez pas mal d’auteurs indépendants, je suis sûre que vous serez d’accord avec moi : c’est l’enthousiasme, le désir si fort d’écrire. C’est peut-être ce qui fait la force, le succès, des autoédités, c’est peut-être ça que les lecteurs aiment… Ils sentent ce désir brut d’écrire, cet élan…

Luca écrit depuis longtemps mais il s’est autorisé à se publier depuis peu. Pour notre grand bonheur.

Il vient de recevoir le prix des plumes francophones pour son roman Versus, un roman très sombre qui vous emmène dans le cerveau malade d’un tueur en série obligé de mener l’enquête car quelqu’un lui vole la vedette, imitant sa signature dans ses meurtres, qui pour lui sont des œuvres d’art…

Vous l’aurez compris, l’écriture de Luca Tahtieazym est noire, mais il faut reconnaître qu’il y a pas mal d’humour noir aussi dans ce qu’il écrit.

Aujourd’hui, fidèle au credo de ces entretiens, nous n’allons toujours pas parler de marketing, mais essentiellement d’écriture, et essayer d’en savoir plus sur les manies et les secrets de Luca Tahtieazym.

Nous allons nous focaliser sur son dernier roman, Elise.

C’est un roman dont la lecture est difficile à soutenir pour les âmes sensibles, je préfère le préciser. Moi-même, qui suis une lectrice éclectique et qui apprécie de nombreux genres, j’ai eu froid dans le dos à de nombreux passages. Alors là, pas d’humour noir du tout ! On est dans du dur, très dur, pour la bonne raison que ça touche à la fois aux enfants et à la folie, et à des situations que vivent peut-être certains enfants au moment même où nous parlons. La séquestration.
Pourtant, et c’est bien la force de ce roman, il y a une fenêtre d’espoir. Elle est nichée dans la résilience à toute épreuve de la petite Élise. Et l’idée vraiment riche du roman, c’est que cette résilience lui vient des livres. Bien que séquestrée depuis toujours, elle connaît tout de la vie grâce à tous les romans qu’elle a lu !

Donc, voilà la onzième de la série des entretiens, Luca Tahtieazym

Dans cet entretien vidéo, Luca nous explique d’où vient sa passion pour les êtres torturés… (je blague)…

Extrait lu dans la vidéo:

 » Solitude.
Bon, tu vas me dire, mon lecteur, que j’y suis habituée, à la solitude.
C’est vrai. Et j’ai un remède pour lutter contre l’absence d’amitié et d’amour : les livres.
Les livres soignent tout : la solitude donc, mais aussi la nausée, le mal de dents, les vertèbres qui craquent, la conjonctivite, les ongles incarnés, la fièvre, les angines, la peur, l’insomnie, les coupures sur le pouce et l’index, la diarrhée et l’ennui.
« Tu crois qu’il va bientôt revenir ? »
Jimbo ne me répond pas. Il boude, dans son coin, faisant mine de ne pas m’entendre.
« Hé ! Tu crois qu’il va bientôt revenir ou pas ?
— …
— Tu me fais la tête ?
— …
— Allez, s’il te plaît, arrête un peu. J’ai pas besoin de ça en ce moment. Je suis au fond du trou, là. Si on ne peut pas compter sur ses amis, dans ces moments-là… Jimbo !
— …
— C’est vrai que je t’ai un peu mis de côté, ces dernières années, mais je savais que tu étais toujours dans les parages. Oh ! c’est vrai que tu fais la tronche ? C’est à cause de moi ou c’est parce que tu n’existes pas ? Ou alors t’es jaloux ? T’es jaloux parce que j’ai eu une amie. Claire. C’est ça ? C’est à cause d’elle ? »
Je penche la tête de côté pour voir sa frimousse, mais il pivote, suivant mon mouvement pour se soustraire à ma vue. J’aperçois le bout de son museau. Il n’a pas changé. Toujours le même corps de gerbille, comme dans les contes des premières années, quand Mama Sim me faisait la lecture en me gratouillant le crâne.
Ce n’est pas encore de la terreur qui coule dans mes veines, mais je la sens prête à filer tout droit jusque dans mon cœur. Et le réconfort, puisque Jimbo me snobe, encore une fois, c’est dans un roman que je le trouve.
Laisse-moi te parler des séquestrées, de Frédéric Dard. Ce bouquin aux pages jaunies par le temps, j’ai dû le lire quatre fois. Il est relativement court comparé aux pavés que je dévore avec une joie non feinte et non dissimulée. Je ne vais pas te révéler la fin, ne t’inquiète pas, je respecte trop les mots pour ça.
Il raconte l’histoire d’un homme, Savin Miresco, qui retient deux femmes prisonnières, dans la région niçoise – Nice est une grande ville du sud de la France, sur la Côte d’Azur, tu connais peut-être, mais moi, bien sûr… Dis, déjà, je peux t’interpeller à ce sujet. Ça te rappellerait pas quelque chose, cette histoire ? Eh bien non, rien à voir avec mon cas. Dans Les séquestrées, les deux femmes sont sous le joug d’un monstre, mais elles, elles ne sont pas enfermées – du moins physiquement. C’est un asservissement mental. Elles ont tellement été manipulées qu’elles n’ont même pas l’envie de fuir.
Ce roman n’est pas le meilleur de Frédéric Dard – cet auteur grandiose, ô mon lecteur invisible adoré –, mais le thème qu’il aborde, tu t’en doutes, m’a profondément chamboulée.
Et je me demande si moi aussi, même si ces quatre murs sont là et bien là, je n’ai pas été un peu soumise moralement à Achille.
J’essaie de réfléchir et une question me taraude : si je l’avais voulu, aurais-je pu quitter le Refuge ?
~
Faim.
La solitude, OK, c’est un problème réglé, même sans l’aide de ce bougonneur de Jimbo. Mais la faim, elle, j’ai beau l’ignorer insolemment, elle se rappelle à moi avec insistance. Et le dialogue qui s’installe entre nous, ponctué par mes suppliques et ses borborygmes tonitruants, ne mène nulle part.
J’ai grignoté très vite le croûton de pain sec trouvé au pied de mon lit, près du mur, là où il était tombé. Et mes réserves sont vides. Et maintenant, je gobe des mots.
Trois jours se sont écoulés depuis l’agression d’Achille. Je ne sais toujours pas s’il est mort ou vivant. Aucun bruit n’émane de la ferme. Aucun mouvement visible à travers la fenêtre.
Il y a toujours eu des souris dans le Refuge. À l’époque, Mama Sim voulait poser des pièges, mais Achille refusait. Elles sont devenues des présences, mais c’est bien la première fois que me vient à l’esprit la hideuse question : quel goût ça a, une souris
~
Soif.
J’avais de l’eau à trois endroits dans le Refuge : dans la carafe amenée par Achille, la veille de sa dernière visite – carafe qu’il avait négligé de remporter avec lui –, dans le fond du verre qui ne quitte jamais la tablette en chêne massif et dans la bassine que j’utilise pour ma toilette. J’ai commencé par boire le liquide délicieux du verre. Puis celui de la carafe. Puis celui de la bassine. Au début, boire l’eau sale, souillée de la crasse de mon propre corps, m’a un peu dégoûtée. Mais la soif, tu sais – ou non, tu ne sais pas –, on ne badine pas avec elle. C’est une vertu que de se battre avec un adversaire plus fort que soi, une réaction des plus dignes. Mais quand le combat n’a aucune issue favorable pour toi, ben tu sais ce que tu fais ? Tu baisses la tête, tu courbes l’échine et tu admets ta défaite. Et tu bois.
Mes migraines ne me lâchent plus. Mon ventre se tord et mes boyaux sont en feu. Je veux bouffer et je veux engloutir des océans. Ma langue gonfle et devient râpeuse. Ma gorge ? elle accroche comme de la toile émeri.
Oui ! J’ai une idée : sautiller sur place jusqu’à ce que je transpire. Puis passer ma main sur mon front et la lécher.
Oui ! J’ai une idée : je peux cracher dans le creux de ma main et boire ma salive.
Oui ! J’ai une idée : me couper les veines et boire mon sang.
Et il y a des choses qui bougent dans la pièce. Là et là, tu vois. C’est dans l’ombre et ça sort. Ça rampe ! Là, ça rampe ! Et il vient d’où, ce grattement qui s’arrête dès que je tends l’oreille ? Je peux peut-être manger mes draps ? Et les cheveux, ça se boit ? « 

Pour trouver tous les romans et séries de Luca Tahtieazym, rendez-vous sur sa page auteur:

 

 

Quelques extraits de commentaires ou de chroniques de ses romans:

« Un coup de massue ! Avec ce roman, Tahtieazym réalise un numéro d’équilibriste haletant et nous emporte avec un personnage qu’on est pas près d’oublier.
Une vraie pépite ! »

BLACK BACK MAG
« Avec son écriture tout en émotion, l’auteur ne choque pas, même si le sujet est plus qu’épineux. Pas de scène graveleuse, tout est dans le non-dit. »
Nathalie Friquet
« Un thriller psychologique haletant, terriblement captivant et touchant »
Le fil d’argent
« Attention : coup de coeur ! […] Le sujet est grave et ce qu’en a fait Luca est un petit bijou. »
La livrovore
« Elise est un coup de cœur comme j’en ai rarement eu, un page turner de folie sur une situation inimaginable. »
Sagweste in Librio

Pour suivre Luca Tahtieazym:
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2 romans à lire absolument:
Versus, prix des plumes francophones 2017
et
Élise

Je viens de découvrir qu’il y a un beug dans la vidéo,  à la minute 17, qui dure une minute.
Pour ne rien rater de l’échange, j’ai retranscrit ici par écrit ce qui se dit entre Luca et moi pendant cette minute:
Voilà le passage qui se chevauche, pour le comprendre :
ALICE : Alors on a le monstre, bien sûr, mais on a aussi… le monstre, attention, hein, je dis toujours le monstre le monstre le monstre parce que c’est plus simple, mais euh… dans ton bouquin par moment tu fais parler ce monstre, il est très très humain et oui parce que les monstres…
LUCA : Eh oui !
ALICE : Eh oui parce que les monstres, hein c’est finalement… on en a tous un en soi et…
LUCA : Le monstre c’est un masque, un monstre, il porte toujours un masque, ce qui est intéressant, c’est de voir ce qu’il y a derrière, il y a toujours une part d’humanité derrière chaque tortionnaire.
ALICE : oui, et c’est tellement facile de l’enfermer dans l’image du monstre, que… à partir du moment où un écrivain se met à sa place eh bien ça devient très très gênant, ça met mal à l’aise, on n’a pas envie, quoi, on n’a pas envie, et là il y a des passages très très forts dans ton roman où on est à sa place, euh, bon, je me rassure moi-même : ça n’a pas marché du tout, hein ! Je ne me suis pas du tout mise à sa place, ça m’a énervée plutôt mais bon, ça l’a fait quand même un petit peu. Donc, il y a… cette femme là, aussi… parle-nous de cette femme.
LUCA : Ben cette femme, c’est Mama Sim. En fait, c’est un peu les codes, hein. Comme beaucoup de romans… Dans tous les romans il y a un personnage auquel on s’attache, pour lequel on a de l’empathie, pour Élise justement par exemple dans ce roman c’est Élise bien sûr la jeune fille qui est enfermée ; il faut une sorte de méchant, disons de tortionnaire, j’essaye toujours de ne pas être manichéen, car comme tu l’as dit très justement, derrière les masques derrière les façades il y a toujours des choses qui ne sont pas du tout celles auxquelles on s’attend ; et puis souvent, il faut un personnage encore plus ambivalent, qui va osciller entre le bien et le mal, qui va faire un peu la jonction entre tous les univers, là, dans ce roman, c’est Mama Sim, j’en parle pas trop, là, parce que on s’aperçoit de beaucoup de choses au fur et à mesure de la lecture, mais, c’est à la fois une conscience pour la petite fille, une bouée, une sorte de phare, qui va la guider, mais également, dans un autre contexte, que je ne dévoilerai pas, un instrument aussi du mal, dans certains passages elle ne vaut pas mieux que le pire des tortionnaires. C’est intéressant de jouer avec ce genre de personnage.
ALICE : Oui bon mais alors oui là, malheureusement on ne peut pas aller un peu trop loin parce qu’il ne faut pas dévoiler, c’est ça qui m’agace. Donc j’espère qu’on va se voir assez vite ou alors qu’on va en parler tout à l’heure en off car je voudrais bien savoir quand même d’où elle sort ? D’où elle sort cette bonne femme ? Qui est-ce ? Qui est-elle vraiment ? Parce que le mystère n’est pas levé dans le roman.
LUCA : Ben non ben non, il ne faut jamais tout donner d’ailleurs, après, c’est dans la tête du lecteur que ça se passe !
ALICE : Quand tu dis « il faut » j’aime beaucoup. Parce que en fait tu dis « il faut, on doit », mais en fait ce sont tes règles.
LUCA : ah oui oui bah oui, ben moi j’ai toujours considéré que dans un roman, on ne doit pas forcément donner toutes les clés. J’aime bien, par exemple il y a un roman d’un auteur autoédité qui s’appelle : « … » il a écrit un roman « … » je ne sais pas si tu l’as lu ?
ALICE : Non.
LUCA : Ben c’est pareil, j’ai beaucoup aimé ce roman, parce que il y a une histoire et derrière, c’est le lecteur qui va aussi suivant ses propres codes, suivant sa propre sensibilité, ajouter les tenants et les aboutissants, et moi j’aime bien ça aussi, je n’aime pas donner tout clé en main quoi… voilà, il y a des lecteurs qui sont… Le but de la littérature c’est aussi de faire… de faire voyager, d’ouvrir un peu des perspectives, des horizons, donc moi je trouve ça intéressant quand même de donner des bases, poser des jalons sur un chemin, puis après de laisser aussi le lecteur se faire son propre parcours.
ALICE : Oui…
La suite est audible

Si vous avez envie d’en savoir plus sur un auteur,
pourquoi ne pas me proposer un nom dans les commentaires ou à mon adresse email?  <alice.quinn2013@yahoo.fr>
Ce qui me permettra peut-être de découvrir des auteurs que je ne connais pas…
merci à vous

J’espère que vous appréciez autant que moi ces entretiens vidéos informels avec les auteurs. Pour parler d’écriture, échanger, avec ce vivier des indépendants, mais pas seulement. Pour s’ouvrir, partager, vibrer…

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allez, à la prochaine!

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